Bonjour,
J'espère que mon témoignage pourra vous aider,
vous donner espoir ou, tout simplement, vous intéressera.
Il y a peu de temps j'ai lu cette phrase :
« Le viol est le pire des crimes avant le meurtre ».
Je suis tout à fait d'accord avec cette idée.
Il y eut un temps où j'aurais dit que le viol est
pire que le meurtre,car la mort me semblait
être une délivrance, tandis que vivre avec le
traumatisme du viol, voulait dire vivre
dans l'attente de la mort.
Maintenant, je peux assurément dire qu'il est possible
de renaître après de tels traumatismes. Pour prouver
ce que j'avance, j'ai un exemple : moi. Moi qui ai connu
les viols, l'inceste, la dépression, les tentatives
de suicide, la drogue et l'alcool, une dévalorisation
extrême de ma personne, la honte de vivre,
la culpabilité d'exister, et le remord intense
d'avoir osé naître.
J'ai cru à une folie dont je n'étais pas atteinte,
j'ai cru à une horrible image (déformée par la douleur)
de ma personne, j'ai cru à une vie de souffrances sans fin.
Mais je n'ai jamais cru que là était ma destinée.
Je rêvais d'être une autre personne, d'être bien dans ma peau,
capable, active, dynamique, munie d'une joie de vivre indestructible.
Je rêvais de sentiments que je ne connaissais pas, la fierté, l'optimisme,
la motivation, et tout simplement l'envie. Je rêvais aussi
de petits plaisirs quotidiens, savoir prendre le temps d'admirer un paysage,
savoir déguster un bon gâteau ou savoir apprécier d'être
en agréable compagnie. Je rêvais surtout de ne plus être
harcelée par des pensées perturbatrices, par des impressions
de ne jamais être à ma place, par des sentiments de dégoût
et de honte de moi-même.
Ce qui fut dans le passé un rêve que je croyais
irréalisable,est aujourd'hui une réalité.
Par moment, mes souvenirs sont presque flous.
Pourtant, je me souviens bien que n'étant pas capable
d' « être », je n'étais presque plus en vie.
Au pire de mon état, tout était atroce, c'est à peine si je
pouvais encore faire quelques pas, dans ma chambre,
où je restais enfermée. Je n'avais plus rien, j'étais un monstre
de douleurs et de souffrances. Mon cerveau était une bombe
qui explosait tout le temps, mon corps était un lambeau,
continuellement déchiré.
Et aujourd'hui... j'écris ce texte sans ressentir le
moindre sentiment, ces souvenirs ne m'atteignent pas,
ils sont là mais ils n'agissent plus.
Souvent je parle de ma première et de ma deuxième vie.
Pour avoir été violée par mon frère (mort dans un accident de voiture),
j'ai vécu cette première vie. Pour ne pas mourir,
j'ai lutté pour avoir la deuxième, même si à l'époque je
n'y croyais plus beaucoup.
Je ne voulais pas mourir sans savoir pourquoi, et je savais
que si je trouvais le « pourquoi », l'envie de mourir disparaîtrait.
J'étais la victime, la violée, la maltraitée, mais n'étant
pas capable d'y penser, je n'en avais pas conscience,
et peut-être, en subissais d'autant plus les conséquences.
Je me suis sauvée la vie en voulant savoir pourquoi.
Pourquoi étais-je depuis si longtemps dans cet état
proche de la décomposition ? Pourquoi, sur l'ensemble
de ma vie, je n'arrivais pas à trouver le moindre bon souvenir ?
Pourquoi vivre était si pénible, pourquoi la peur,
la honte et la culpabilité ?
Après des années d'hésitations, je me suis dit :
« Je vais voir un psy, je n'en ai aucune envie, mais je ne sais
plus quoi faire d'autre ». Et le combat avec la vie a commencé
(tellement plus facile que le combat avec la mort).
J'ai mis du temps à trouver un psy, et pendant ce temps, mon
état continuait à se dégrader. Tous les jours je me disais :
« Ca ne peut pas être pire », et tous les jours, je m'apercevais
qu'il y avait pire. Je n'avais plus de force, mais pourtant
je continuais à en perdre.
Un jour, enfin, j'ai rencontré ma psy.
A ce moment-là, j'ai commencé à gravir une montagne.
Cette montagne était celle de mon histoire. Ce n'était pas
fatiguant, ni difficile, car en montant, je trouvais de l'air
pur, et cet air me donnait la force de monter plus haut.
J'ai ouvert les multiples boites scellées de mon cerveaux.
Une boite par vérité, une surprise par boite : des surprises
à mon sujet, je découvrais qui j'étais et que j'étais quelqu'un de bien ;
des surprises au sujet de mon entourage, ces personnes si sympas,
si intelligentes, n'étaient qu'un tas de néfastes
qui m'avaient bien aidé à m'enfoncer.
En ouvrant toutes ces petites boites, je me suis aperçu que
j'étais dans le faux du début jusqu'à la fin. Tout ce que j'avais
appris, compris, entendu et vu était faux. Plus les boites
s'ouvraient, plus la vérité jaillissait. La vérité, ça ne
fait pas mal, lorsqu'elle est gérée, ça fait même
le plus grand bien.
N'hésitez pas avec les psy ! N'hésitez pas à abandonner
les mauvais, et n'hésitez pas à vous faire suivre par les bons.
Les psys ne sont pas des fous pour soigner d'autres fous.
Les gens qui disent cela ont tout simplement peur de ce qu'ils
pourraient découvrir en eux. Moi, je n'ai pas eu peur
(enfin... jusqu'à ce que je me décide à consulter!),
j'ai forcé mon cerveau à se réveiller et à tout me dévoiler.
Je voulais tellement la vérité que j'étais prête à découvrir n'importe quoi.
Et j'ai découvert que le petit ange qui était mon frère,
était en réalité un pervers qui, toute sa vie, avait tiré son plaisir
de ma souffrance. Bon... voilà... et après ?
Après il y a la vie.
J'ai une vie, j'en suis contente. J'ai une vie,
j'en suis heureuse. J'ai une vie que je ne veux
surtout pas perdre.
Le message est passé ou j'en rajoute encore un petit peu ?
Aller, j'en remet une petite couche pour la forme :
Y'en a marre de souffrir, personne ne s'est donné le
mal de naître pour souffrir. Il faut oublier les autres, il faut
oublier les conseils, il ne faut penser qu'à soi parce que c'est
comme ça qu'il est possible de prendre soin de soi. Personne
ne se fait souffrir, les autres s'en chargent. Alors mettez-vous en avant,
c'est comme ça qu'on avance, et n'ayez pas peur de vous planter,
sans se planter, on ne peut pas pousser.